LA TRUITE DE MA VIE…

Par Jacques Besombes

Fin d’après-midi vers 18 heures.

Nous venons de pêcher avec Pierre le haut de la rivière. Nous la redescendons. Nous décidons de revenir à Kilibru. Ce matin en montant, nous avons vu de ce pont un petit bras qui semble beau à pêcher. Nous nous arrêtons pour regarder à nouveau. En amont à quelques centaines de mètres, un banc de gravier a créé un bras de 8 à 10 mètres de large qui longe la rive droite.

Une fois le pont traversé, un chemin de terre remonte le long de la rivière. Nous arrêtons la voiture à la hauteur du bras. On s’approche pour observer le coup.

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Nous traversons quelques arbustes. L’eau coule 2 ou 3 mètres en contrebas. Nous sommes sur un talus de forte pente avec de gros blocs de pierre légèrement écartés les uns des autres. Dans les espaces entre les blocs, de la végétation : herbes, mousses et petits arbustes. On ne peut pas rentrer dans l’eau, c’est de suite profond et il y a de gros blocs. Se déplacer et suivre une truite sera difficile.

Le courant accélère en contournant le banc de gravier puis ralenti lorsque la profondeur augmente. La masse d’eau est puissante, sa couleur sombre. Pierre commence à pêcher la sortie du courant. Je me positionne une vingtaine de mètres en aval, là où le courant est bien régulier. J’effectue 2 ou 3 dérives en me rapprochant progressivement du courant principal. Puis je descends de quelques mètres et recommence. Je me dis que le bon endroit est la bordure de courant, entre les galets et le courant principal.

Il y a un environ un quart d’heure que nous pêchons lorsque j’entends un petit cri de plaisir, je présume que Pierre vient de « piquer » un beau poisson. Je détourne les yeux de ma ligne pour regarder celle de Pierre et je vois qu’il tient quelque chose de gros. La canne est très coubée…

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J’arrête de pêcher pour observer le combat. Le poisson se bat longuement en utilisant toute la force du courant. C’est finalement Pierre qui a le dessus. Il sort de l’eau une magnifique truite dont j’estime la taille à plus de 40 cm peut être 45 cm. On se regarde, je vois qu’il est heureux, un nouveau coup, une belle truite, je suis content pour lui.

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Je me remet à pêcher en essayant de me concentrer, de ne pas penser à celle que Pierre vient de prendre. Un peu plus tard, alors que j’effectue une dérive au ras du courant principal, une touche presque imperceptible. Je ferre. Ma ligne s’est tendue, la canne est pliée mais rien ne bouge. Pourtant je suis convaincu qu’il y a quelque chose. Je continu de tirer sur la canne en serrant un peu le frein pour que le moulinet ne lâche pas de nylon.

Jacoues4Au bout de quelques secondes la ligne se met à bouger. Je ne vois rien avec la profondeur, je desserre légèrement le frein. La truite (à cet endroit s’est forcément une truite) descend lentement le courant de quelques mètres, puis le remonte sous l’effet de la traction de la canne puis redescend à nouveau. Elle tient bien le fond en effectuant des allers-retours, pendant un temps difficile à estimer, mais que je commence à trouver long. Enfin, tout en continuant son combat dans la même zone, elle commence a remonter et soudain j’aperçois sa tête, sa « gueule » énorme. Je ne peux m’empêcher de crier « Pierre elle est plus grosse que celle que tu viens de prendre ! »

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Mon angoisse à partir de cet instant est: POURVU QUE JE NE CASSE PAS…

Mais je m’occupe de la truite, car elle aussi m’a vue. Elle commence à dévaler entre 2 eaux, avec les blocs je peine pour la suivre. Elle me prend du nylon. Je vois la fin du coup à une centaine de mètres. Je sais que si elle descend ou le bras rejoint le gros de la rivière elle sera perdu pour moi.

Impossible avec le talus et les blocs de me positionner en aval par rapport à elle. Je décide donc de ne plus bouger de l’endroit où je me trouve. Je resserre un peu le frein. Grace à la traction exercée par l’action de la canne, elle stope peu à peu sa descente et, commence à remonter vers la surface. Je la vois bien maintenant. Elle est trapue et mesure j’en suis convaincu plus de 50cm.

Elle prend à nouveau du nylon en descendant le courant, une dizaine de mètres,  puis, fatiguée revient vers moi sous l’effet de la traction de la canne. Elle arrive à 3 ou 4 mètres de moi, me voit à nouveau et reprend le courant. J’entends Pierre qui est venu derrière moi me dire « et c’est reparti pour un tour » et moi je pense « pourvu que le nylon tienne, qu’il ne casse pas ! ». Ce manège descente/remontée dure 6 à 7 fois, peut-être plus et, la truite se bat encore ! J’ai toujours la canne inclinée vers l’amont. Je ne peux pas descendre en dessous d’elle pour la contrer et devenir le patron dans ce combat. Il faut que je fasse quelque chose sinon ça va finir par casser.

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Je repère entre deux blocs un espace assez grand, légèrement en dessous de moi, qui pourra contenir la truite et je crois qu’en inclinant ma canne, je pourrai l’y amener maintenant qu’elle est fatiguée. Pierre descend s’y poster pour la récupérer. Je réussis avec quelques difficultés car elle résiste toujours. Pierre l’attrape et la soulève de l’eau.

Je m’approche, la regarde, l’attrape à mon tour. J’ai gagné. Mon cœur bat très fort. Je remonte le talus avec elle. Je la pose délicatement sur l’herbe. Je l’admire !

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Son dos est jaune avec des taches noires, son ventre jaune pâle avec quelques points rouges sous la ligne latérale. Sa grosse tête avec des taches noires. Sa mâchoire inférieure en forme de bec avec des dents acérées. L’hameçon était planté au bord des lèvres, les dents n’ont pu scier le nylon. Elle est costaud, trapue, massive, malgré tout, un peu moins grande que je le pensais. C’est un poisson magnifique « LA TRUITE DE MA VIE ! ».

Après avoir fait quelques photos, je la rends délicatement à son élément. Elle récupère encore quelques instants, puis repart nonchalamment dans le courant, qui ne semble avoir aucun effet sur elle.

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Je me souviens être resté assis un long moment sur la rive, revoyant les images du combat, les sensations et, pour finir cette capture. Quel souvenir ! Je reste submergé par l’émotion.

Pierre reprend sa pêche un moment interrompue. En ce qui me concerne j’en suis incapable, épuisé mentalement, tellement la concentration a été intense. Et puis, je préfère terminer la journée avec se souvenir.

Je remonte m’assoir à coté de Pierre, je le regarde pêcher avec plaisir. Il attrape encore 2 ou 3 truites de plus de 40 cm. Qu’est-ce qu’on est bien !

Jacques Besombes

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16 commentaires sur “LA TRUITE DE MA VIE…

  1. Bonsoir jakues merci pour ce bon moment a kilubru , j ai eu la chance de pouvoir pêcher cette belle coulée mais ta belle fario demeure imprenable !!!!!!!! Bises et merci pour tes récits modestes et simples !!!! Rich

  2. ce n’est que du bonheur !! plein les yeux et cela juste avant l’ouverture, mais ne pensez vous pas concernant les vieilles truites qu’ils faudrait peut-être réguler ( de temps à autre prélever et ne pas remettre afin d’avoir du sang neuf ex: truite de 66 ) c’est mon avis mais donner moi le vôtre
    encore merci pour ces belles vidéo patrick

    1. Merci pour votre intervention. Concernant les grosses truites et ce que l’on doit en faire lorsque l’on a la chance d’en prendre une, je dois vous dire de suite que ma connaissance sur ce sujet ne me permet pas de donner une réponse.
      La seule chose que je sais est que lorsqu’elle sont vieilles elles ne reproduisent plus, alors….

    2. Bonjour Maurice
      Je n’ai pas d’avis sur cette question.C »est une chance de pouvoir , en remettant à l’eau ces truites si belles et si sauvages ,les observer alors que fatiguées elles récupèrent .C’est tellement beau.

  3. merci patrick de m’avoir donner votre avis de professionnel sur la prise de ses grosses truites ,je suis un partisan du no-kil et du plaisir que je rencontre a chaque prise …mais je voulais savoir ce que vous pensiez sur ce petit sujet ( ces vieilles mémères …comme vous dite si bien!!!)

  4. Bonsoir a vous , je pense pouvoir la repêcher ta belle coulée jak et surtout avec toi et Pierre et même Patrice juillet 2014 . Nous allons te faire découvrir 1autre parcours non loin de kilubru !!!! En attendant nous irons Garonne chez toi !!!! Bises . Rich

  5. Bonjour,

    A mon sens, sur la plupart des rivières, la grosse truite (> 45-50 cm) est un poisson assez rare, ou tout du moins, que l’on prend assez rarement. A l’instar des grosses carpes ces poissons « d’exception » sont un patrimoine à part entière. A mon sens, c’est vraiment dommage de tuer une grosse truite, un gros brochet ou une grosse carpe. Ils méritent bien d’être relâchés car ce sont eux qui nous donnent parmi les plus grandes émotions. C’est donc bien de donner la chance à un autre de la prendre, voir de l’observer.

    De plus, en haut de la pyramide des âges, ce sont forcément les moins nombreux. Sur une rivière « normale », je pense que conserver systématiquement les grosses truites revient à se tirer une balle dans le pied. Mais je ne suis pas certain que cela puisse faire baisser la qualité de la pêche comme cela est me cas lorsque tous les gros carnassiers ???

    Mais bien souvent, ces gros poissons, à l’instar des gros sandres, sont plus nombreux que ce que l’on pense. Ce n’est pas parce qu’on ne les prends pas qu’elles n’existent pas …

    Que ce soit de mauvais géniteurs, cela reste à prouver, ne dispense pas de les relâcher. Si elles sont présentes, c’est qu’elles ont leur place. Un rivière n’est pas une pisciculture ou l’on attend un rendement. 😉

    Cordialement.

    Jérémy

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