VISUALISATION DE LA TOUCHE

VISUALISATION DE LA TOUCHE

 

 

Durant toute une période, j’ai pêché la truite au « Toc », comme tous les pêcheurs à cette époque.

On nouait sur la bannière 2, 3 ou 4 pompons de laine blanche et rouge, pour essayer de visualiser la ligne, mais une fois trempés dans l’eau ils apportaient une sensation de lourdeur à la ligne. 

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Les notions de sensibilité, discrétion, dérive, homogénéité et fluidité de la ligne, sans parler de visualisation de touche, n’étaient pas d’actualité. Le maître mot était le « Toc ». On construisait des lignes pour sentir le toc !

Chacun d’entre nous a eu l’occasion de voir un non-voyant se déplacer. Il a pour l’aider sa canne blanche. Il se doit de déterminer, situer les obstacles se trouvant sur son passage. Les tocs de sa canne sur chacun d’eux lui permettent, avec difficulté, de deviner son passage. Pas d’anticipation possible, seules les sensations tactiles lui permettent de se déplacer, c’est tout ce dont il dispose. Cela était et est toujours le cas des pêcheurs au « Toc ».

Le jour ou des circonstances assez extraordinaires m’ont offert la chance d’avoir un nylon fluo sur le moulinet, la pratique de ma pêche a bien sûr totalement changé mais aussi mon approche et mon esprit la concernant. Par voix de conséquence, quelques années plus tard, cela a également changé ma vie.

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Je suis tout simplement passé de pêcheur non-voyant à un pêcheur ayant retrouvé la vue. J’ai vécu quelques instants à la mesure de cet énorme transformation qui, encore à ce jour, me sont indéfinissables. Peu importe, depuis j’y vois, ce qui m’a donné l’opportunité d’entrer dans « Une Autre Pêche », ma pêche.

Plus besoin de morceaux de laine, plus besoin d’attendre un toc pour éventuellement prendre un poisson sans jamais savoir trop pourquoi et comment! Le nylon fluo va tout changer dans le comportement du pêcheur, il ne cherche plus son passage à travers les obstacles, il le voit. Effectivement, il indique immédiatement dans quelle veine d’eau se situe la ligne mais également nous aide à mieux comprendre sa position sous l’eau. (Dans mes explications et affirmations je considère que la ligne et la plombée ont été réalisées comme nous l’avons vu dans ces 2 sujets que nous avons déjà traités). 

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Cette pêche, par rapport à d’autres, fait que dès que la ligne touche l’eau, elle disparaît sous la surface entraînant tous ses mystères. Lorsque par exemple je pêche au fouet, je vois parfaitement ou je pose, comment je pose, ou je passe et comment je passe. Si une erreur a été faite je l’ai vu, ce qui me donne toute possibilité d’amener les rectifications nécessaires sur le passage suivant. Si je veux être performant dans ma pêche sous l’eau, je dois donc me donner les moyens de voir ma ligne du bout du scion jusqu’à mon appât ! Il est certain que cela est prétentieux, mais pourquoi pas !

Pour cela je dispose de 2 éléments matériels qui sont :

1° le guide-fil qui une fois réglé sur ma ligne sera là pour m’indiquer à quelle profondeur passe mon appât, c’est son unique fonction.

2° mon nylon fluo qui va m’aider à comprendre le positionnement de la ligne sous l’eau. (schéma 1).

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Il y a un autre élément et non le moindre qui ne dépend que du pêcheur : la qualité de la dérive (comme cela a déjà été traité), c’est-à-dire, la réalisation de la ligne, dosage de profondeur, position de canne, vitesse du port de ligne, accompagnement, augmentation de profondeur, finalement tout ce qu’il y a lieu de faire pour qu’un appât passe le plus naturellement possible.

Nous avons maintenant à notre disposition les moyens de voir notre ligne sous l’eau (ceci est une image, il faudrait dire que nous avons les moyens de comprendre parfaitement la vie de notre ligne dans l’eau durant la dérive).

Il est évident que l’élément n°2 à savoir le nylon fluo, celui qui réalise le miracle de transformer les non-voyants en voyants, demande quelques explications. 

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En se référant au schéma 1 il est aisé de comprendre immédiatement que, encore une fois, la logique lorsqu’elle est respectée, nous rapproche de la perfection demandée qui elle est toujours logique !

Si nous prenons en exemple 3 positionnements de bannière différents, il est facile de comprendre qu’il ne peut y avoir pour chacun d’eux qu’une seule correspondance sous l’eau.

Nous ne pourrons jamais avoir une position 1 de la bannière avec une position 2 ou 3 de la ligne sous l’eau, c’est tout simplement IMPOSSIBLE ! La réciproque est vraie, c’est-à-dire qui si notre ligne sous l’eau est dans la situation 3, notre bannière au dessus de l’eau ne peut être que dans la position 3 ! Le fluo nous traduira, nous montrera tout cela. Cette découverte  fut un phénomène incroyable dans mon avancement et ma compréhension de cette pêche. Comme je disais plus haut, je me suis donné les moyens de voir sous l’eau c’est-à-dire de comprendre avec logique, comment y vit ma ligne. Je vais pouvoir la contrôler et corriger s’il y a lieu, à savoir, accélérer, ralentir, donner de la profondeur etc.. Il est évident que cela va me donner une qualité de pêche  importante.  

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Lorsque je comprends le pourquoi et le comment de ce que j’ai à réaliser, j’ai beaucoup plus de chance d’atteindre mon objectif.

Sachant que la visualisation de ma bannière va m’apporter ces compréhensions, j’ai maintenant toutes les facilités d’y inclure la visualisation de la touche.

Entrons dans notre acte de pêche en considérant tout ce qui a été traité auparavant et ce qui est écrit ci-dessus, c’est à dire, bonne homogénéité et fluidité de ligne, bonne plombée et dérive.

Dans cette dernière un élément va prendre une grande importance : le port de ligne. S’il est irrégulier, fluctuant en permanence tant dans la vitesse que la trajectoire, cela se répercutera sur notre bannière d’une façon logique car elle changera de forme et de position en permanence, passant de trop de souplesse a trop de raideur, d’une inclinaison amont trop importante à une inclinaison aval, enfin, une incohérence totale à notre ligne et donc à notre dérive. Ces changements continus nous empêcheront de lire quoique se soit sur notre nylon fluo et si par hasard nous avons une touche, le toc interviendra. 

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Si tout au contraire nous avons un port de ligne respectant parfaitement la vitesse qu’elle nous demande, une trajectoire de canne lui permettant de dériver sans dragage, nous aurons alors une bannière fluo légèrement détendue, ni trop relâchée ni trop raide maintenue sans changement de forme. Dans de telles conditions, si une touche intervient elle sera perçue immédiatement. Dès que la truite prendra mon appât, quoi qu’elle fasse, elle modifiera obligatoirement la trajectoire, la vitesse et la forme de ma bannière.

Si elle arrête l’appât, ma bannière plongera.

Si elle prend l’appât et revient à son poste en aval, elle accélérera la ligne et ma bannière se tendra.

Si après avoir prit l’appât elle part à droite ou a gauche, ma bannière changera brusquement de direction et se tendra.

En considérant toutes les situations possibles, il y aura toujours un changement qui se visualisera sur mon fluo. Plus on aura une belle conduite de ligne dans la dérive plus la visualisation de ce changement sera importante et facile à détecter. Cela demande beaucoup de concentration. 

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Je viens d’effectuer 5 ou 6 dérives dans de bonnes conditions et ma bannière est restée stable sans déformation, ne me traduisant rien d’anormal. Finalement il ne s’est rien passé ! Sur la dérive suivante, tout à coup ma bannière s’arrête ou plonge ou encore accélère. Il y a donc eu une intervention sur mon appât qui a changé toute ma ligne dans son passage (vitesse, direction et forme). Il est évident que cela a été immédiatement traduit sur mon fluo qui a eu la qualité de me le montrer de façon évidente.

Ma ligne ayant toujours une légère souplesse cela me permettra, par son changement de forme (tension ou relâchement), de savoir qu’un poisson a pris mon appât sans qu’il sache que cet appât est sur ma ligne car sa légère souplesse a évité le toc. Par contre si je ne ferre pas rapidement, la souplesse de ma ligne disparaîtra et on arrivera à la tension ou là (je reviendrai ½ siècle en arrière) je sentirai le « toc toc toc ». 

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Il faut apprendre à regarder sa bannière elle seule est capable de nous transmettre les renseignements dont nous avons besoin sur les qualités de passage de notre ligne. Nous avons réalisé une ligne avec envie, réflexion, compréhension et toutes les qualités que nous possédons afin quelle permette à notre appât d’être attractif. Nous la confions ensuite à l’eau qui la fait pêcher. Nous devons donc être à son écoute, l’observer au mieux pour essayer de comprendre tout ce qu’elle nous dit sur la profondeur, la plombée, la dérive et également les touches ! Nous avons créé un merveilleux émetteur à nous d’être le meilleur récepteur possible. Maintenant que nous sommes riche de ces enseignements, nous savons qu’elle sera la parfaite traductrice, grâce au fluo, de notre ligne sous l’eau. Plus la dérive sera parfaite plus la touche sera facile à visualiser sur notre nylon fluo. Choisissez la couleur que vous percevez la mieux.

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Un jour, il y a pas mal d’années, j’ai retrouvé la vue. Cela m’a projeté dans une passion et donné accès à des moments exceptionnels où j’ai même quelques fois la chance d’y côtoyer le bonheur !

J’ai toujours eu l’immense envie de le partager…je vous souhaite de le rencontrer. Il suffit quelques fois d’ouvrir les yeux et…….

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11 commentaires sur “VISUALISATION DE LA TOUCHE

  1. Bonjour,

    Merci pour cet article particulièrement intéressant qui remet en cause ma façon de faire mais soulève également une questions… a quoi servent alors les rigolettos? Uniquement a donner une info sur la profondeur à laquelle évolue l’appat?

    1. Exactement et uniquement à cela! Il n’est pas un flotteur indicateur de touche, c’est pour cela qu’il faut le prendre petit n°1 (si on y voit bien) pour qu’il ne puisse avoir aucune influence sur la ligne par son poids et qu’il offre le moins de résistance possible au vent et à l’eau.

  2. Le plus difficile dans la visualisation de la touche , c est surtout de ne pas douter et de ferrer lorsqu on voit une anomalie sur la banière . Souvent on y croit pas et l instant d après toc toc et la truite a recrachée … Pas toujours heureusement . Donc il ne faut pas hésiter a ferrer , surtout quand on débute . Plus tard le ferrage intervient seulement quand deux informations se cumulent , l une visuelle , la ligne change de forme ou de comportement et une autre plus subjective comme si l on sentait une présence a l autre bout . Du coup on ferre moins sur les caillous…..

  3. c’est en effet la perfection mais il faut voir mieux que moi. Malgré tout j’ai adopté le fluo avec un grand bonheur grâce à vous depuis des années

  4. Bonsoir ,

    J’ai appris a pêcher tout seul selon votre méthode , grâce a votre livre et à vos vidéos .

    Au début , le fil de ma ligne était trop tendu car trop plombé et je ne percevais la touche qu’au toc .

    Puis à force de tâtonnements , j’ai compris vos conseils afin que la ligne possède la tension idéale .

    Maintenant je perçois bien les touches avant le toc , mais l’inconvénient c’est qu’une faible brise

    remontant la rivière m’empêche de pêcher : l’appui de l’air sur la ligne faisant remonter l’appât .

    A part pêcher tôt le matin ou tard le soir dans ces secteurs , je n’ai trouvé aucune solution valable

    pour résoudre ce problème .

    1. Les solutions sont:
      1° limiter ses ambitions sur la distance et la longueur des dérives, c’est à dire ne pas se mettre en situation ou on est obligé d’avoir une canne haute, donc beaucoup de bannière.
      2° tenir donc durant la dérive la canne plus basse que la normale et légèrement en aval de la sortie de la ligne de l’eau afin que la bannière soit en position normale, c’est à dire presque perpendiculaire à la surface de l’eau.
      3° ajouter si besoin est un plomb qui peut bien mieux positionner votre bannière. Dans la mesure ou on ne fait pas de longues dérives, on ne drague pas.

  5. Article intéressant tout comme le sujet. On sent la passion, l’envie de la partager et c’est super !
    En fait, rien de nouveau. Le plus subjectif n’est pas dit et pour cause, tellement il est difficile à appréhender.
    Par exemple pour la nymphe au fil dans une rivière, et c’est de la physique élémentaire, l’eau circule moins vite sur les bords et sur le fond. De plus avec l’effet du poids des leurres et la poussée du courant, la bannière précède souvent la ligne et la tire. D’où un dragage et/ou une dérive imparfaite. C’est au pêcheur de corriger et d’adapter instinctivement l’allure de sa ligne.
    D’autre part, du fait de mouvements tourbillonnaires, la ligne est parfois « aspirée » ou « repoussée ». Là encore c’est au pêcheur de moduler la position de sa bannière dans la bonne veine d’eau.
    Enfin pour ce qui est de la profondeur, la solution doit tenir compte du fond qui est très variable et surtout de la position du poisson qui s’alimente, position qui varie dans la journée en fonction de divers facteurs. De plus chaque rivière est différente et a ses propres caractéristiques.
    Tout ça pour conclure que c’est l’expérience seule acquise par la pratique et non une formation littéraire qui fera qu’un pêcheur deviendra bon, que ce soit en NAV, en NAF ou à l’indicateur.
    C’est vrai qu’il y a des principes généraux communs à tous les cas, ainsi que des astuces ou des matériaux qu’il faut connaitre absolument pour mettre le maximum de chances de son côté.
    Mais c’est le côté empirique qui le plus difficile et le plus long à acquérir. Heureusement que nous prenons du poisson même si nous ne l’avons pas entièrement…
    Encore merci Pierre pour la pierre que tu apportes à ce vaste sujet.

  6. En restant dans ma pêche, il faut tout de même noter que la plombée peut et doit être un moyen de correction afin de nous permettre de visualiser les touches le mieux possible et dans un maximum de situations. Cela non plus ne peut s’expliquer par un écrit mais simplement se démontrer au bord de l’eau avec une canne. Il est tout de même important de savoir qu’il y a des moyens afin de s’adapter au mieux au poisson et à la rivière.

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